Le médecin du travail est libre de constater l’inaptitude physique du salarié à l’occasion de toute visite médicale où il l’examinera. Il doit juste respecter la procédure règlementaire au terme de laquelle cette inaptitude est prononcée (enquête contradictoire, motivation de la décision, notification à l’employeur etc.)
Ainsi même si le salarié ou l’employeur ne sont pas à l’initiative de la visite médicale, ou bien qu’une visite de reprise n’a pas été sollicitée, le médecin du travail peut décider de déclencher ladite procédure. C’est ce que rappelle la Cour de cassation dans l’arrêt ci-dessous principalement reproduit.
COUR DE CASSATION, Chambre sociale, 11 mars 2026 (pourvoi n° 21-24.030, publié au Bulletin)
M. [Y] [E], domicilié [Adresse 1], a formé le pourvoi n° E 24-21.030 contre l’arrêt rendu le 15 mai 2024 par la cour d’appel de Paris (pôle 6, chambre 3), dans le litige l’opposant à la société Aluminium France extrusion, société par actions simplifiée, dont le siège est [Adresse 2], défenderesse à la cassation.
(…)
Faits et procédure
1. Selon l’arrêt attaqué (Paris, 15 mai 2024), M. [E] a été engagé par la société Aluminium France Extrusion le 5 avril 1982. Il occupait en dernier lieu un poste d’accueil au sein des services généraux.
2. Il a été en arrêt de travail de manière continue à partir du 21 avril 2015.
3. Le salarié a été reçu par le médecin du travail le 16 janvier 2018, puis après étude de poste dans l’entreprise, il a été déclaré inapte à tout poste lors d’une seconde visite qui s’est déroulée le 31 janvier 2018, l’avis du médecin du travail précisant que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à son état de santé.
4. Licencié pour inaptitude et impossibilité de reclassement le 26 février 2018, le salarié a saisi la juridiction prud’homale.
(…)
Enoncé du moyen
5. Le salarié fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande tendant à déclarer son licenciement sans cause réelle et sérieuse et de sa demande de dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, alors « qu’en cours d’arrêt de travail pour maladie, seul un examen médical réalisé à la demande du salarié peut mettre fin à la suspension du contrat de travail et conduire au constat de son inaptitude médicale à son poste de travail ; qu’en l’espèce, pour retenir que l’inaptitude avait régulièrement été constatée pendant un arrêt de travail pour maladie, la cour d’appel a considéré que »le médecin du travail, dès le 16 janvier 2018, a été saisi par le salarié dans le cadre d’une visite de reprise, destinée à apprécier l’aptitude médicale du salarié à reprendre son emploi. En effet, à l’issue de ce premier examen, ne pouvant se déterminer sur l’aptitude, il a engagé la procédure subséquente, en organisant immédiatement une prise de poste, puis en convoquant à nouveau le salarié dans les deux semaines qui suivent, conformément aux dispositions de l’article R. 4624-42 du code du travail, sans qu’aucune nouvelle saisine ne soit intervenue » ; qu’en statuant ainsi, quand il ressortait de ses propres constatations, d’une part, que lors de la visite médicale organisée à la demande du salarié le 16 janvier 2018 »le médecin du travail ne se prononce pas à ce stade sur [l’aptitude] » en sorte qu’il ne s’agissait pas d’un examen pratiqué à la demande du salarié sur le fondement de l’article R. 4624-34 du code du travail en vue de la reprise du travail, mais sur celui de l’article R. 4624-29 du même code, dans leur version applicable en la cause, et, d’autre part, que la visite médicale du 31 janvier 2018 lors de laquelle le médecin du travail avait émis l’avis d’inaptitude n’avait pas été demandée par le salarié, ce qui excluait qu’elle puisse conduire au constat de son inaptitude, la cour d’appel a violé les articles L. 1226-2-1 et L. 4624-4 du code du travail, ainsi que les articles R. 4624-29 à R. 4624-32, R. 4624-34 et R. 4624-42 du même code dans leur rédaction issue du décret n° 2016-1908 du 27 décembre 2016.»
Réponse de la Cour
6. Selon l’article L. 4624-4 du code du travail, après avoir procédé ou fait procéder par un membre de l’équipe pluridisciplinaire à une étude de poste et après avoir échangé avec le salarié et l’employeur, le médecin du travail qui constate qu’aucune mesure d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste de travail occupé n’est possible et que l’état de santé du travailleur justifie un changement de poste déclare le travailleur inapte à son poste de travail.
7. L’article R. 4624-42 du code du travail, dans sa rédaction issue du décret n° 2016-1908 du 27 décembre 2016, précise que le médecin du travail ne peut constater l’inaptitude médicale du travailleur à son poste de travail que s’il a réalisé au moins un examen médical de l’intéressé, accompagné, le cas échéant, des examens complémentaires, permettant un échange sur les mesures d’aménagement, d’adaptation ou de mutation de poste ou la nécessité de proposer un changement de poste, s’il a réalisé ou fait réaliser une étude de ce poste, s’il a réalisé ou fait réaliser une étude des conditions de travail dans l’établissement et indiqué la date à laquelle la fiche d’entreprise a été actualisée et s’il a procédé à un échange, par tout moyen, avec l’employeur.
8. Selon l’article R. 4624-34 du même code, le travailleur peut solliciter notamment une visite médicale, lorsqu’il anticipe un risque d’inaptitude, dans l’objectif d’engager une démarche de maintien en emploi et de bénéficier d’un accompagnement personnalisé, le médecin du travail pouvant également organiser une visite médicale pour tout travailleur le nécessitant.
9. Il résulte de ces textes que l’inaptitude peut être constatée à l’issue d’une visite initiée par le médecin du travail en application de l’article R. 4624-34 du code du travail dès lors que celui-ci a réalisé au moins un examen médical de l’intéressé, accompagné, le cas échéant, des examens complémentaires, permettant un échange sur les mesures d’aménagement, d’adaptation ou de mutation de poste ou la nécessité de proposer un changement de poste, s’il a réalisé ou fait réaliser une étude de ce poste, s’il a réalisé ou fait réaliser une étude des conditions de travail dans l’établissement et indiqué la date à laquelle la fiche d’entreprise a été actualisée et s’il a procédé à un échange, par tout moyen, avec l’employeur.
10. La cour d’appel, qui a relevé que le médecin du travail avait engagé la procédure prévue à l’article R. 4624-42 du code du travail, convoqué le salarié à une visite médicale, avisé l’employeur de cette convocation et déclaré le salarié inapte à l’issue de cette visite, en a exactement déduit que l’inaptitude avait été régulièrement constatée.
11. Le moyen n’est donc pas fondé.
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PAR CES MOTIFS (…) : REJETTE (…)
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